La start-up française Luniwave mise sur la gamification et les sciences comportementales pour aider les hôtels à réduire leur consommation d’eau et d’énergie sans rogner sur le confort des clients. Lancée il y a trois ans et commercialisée en 2024 après deux années de recherche et développement, la solution est déjà déployée dans environ 100 hôtels dans sept pays, avec des groupes comme Accor, Marriott et Club Med parmi ses clients, selon l’entreprise.
Dans un secteur où l’agrément et l’expérience sont au cœur de la promesse, l’hôtellerie se retrouve sous pression pour accélérer sa transition écologique tout en restant compétitive face à une concurrence internationale. « C’est un secteur qui a besoin de confort, d’expérience… il y a bien un moment où c’est le plaisir, quand on est à l’hôtel », explique Léonard Grynfogel, cofondateur de Luniwave, dans un entretien à Presse-citron. L’idée de la start-up : récompenser les comportements sobres plutôt que d’imposer des restrictions perçues comme punitives.
Une transition écologique difficile à concilier avec l’expérience client
Luniwave est née de ce paradoxe, raconte son dirigeant, qui cherchait avec ses deux associés - rencontrés avant l’aventure entrepreneuriale - un moyen d’avoir un impact concret dans un secteur en transformation. « Tout le monde pousse l’hôtellerie à faire sa transition écologique, mais dans son ADN même, ce n’est pas si simple », souligne-t-il.
Plutôt que de miser sur des contraintes techniques, l’équipe a choisi une approche inspirée des sciences comportementales : faire des gestes durables des réflexes, sans détériorer le séjour.
GreenMiles : des points pour encourager des gestes plus sobres
Le cœur de l’offre s’appuie sur un programme baptisé GreenMiles. Le principe est de proposer aux voyageurs de cumuler des points en adoptant, pendant leur séjour, des actions à moindre impact : demander à espacer le ménage de la chambre, diminuer légèrement la climatisation ou réduire la consommation d’eau sous la douche.
Ces points peuvent ensuite être convertis en récompenses, telles que des réductions sur des activités ou des boissons, ou encore des dons à des ONG. « Ce qu’on fait vraiment, c’est valoriser les économies des clients plutôt que punir leur consommation », résume Léonard Grynfogel.
L’inspiration remonte à une expérience de colocation : pour encourager les tâches ménagères, le trio avait instauré un système de points - un trait ajouté à côté d’un prénom à chaque aspirateur passé ou poubelle sortie - avec une récompense mensuelle pour le plus assidu, comme un verre ou un restaurant. Une logique simple, devenue un modèle : mettre en avant les bonnes actions plutôt que sanctionner.
LuniShower : un module de douche avec retour en temps réel
Pour agir sur un poste majeur de consommation en hôtellerie, Luniwave a développé LuniShower, un petit module installé directement dans la douche. Le dispositif s’appuie sur des lumières qui s’allument progressivement afin d’indiquer la consommation en temps réel et d’aider le client à se fixer un objectif.
Selon le cofondateur, le simple fait de permettre ce suivi, combiné à la valorisation en fin de séjour, permettrait de réduire la consommation des douches de 30 à 50 %.
Abonnement par chambre et promesse d’économies rapides
Le modèle économique vise des établissements souvent contraints par leurs marges. Les hôtels paient un abonnement annoncé entre 2 et 8 € par mois et par chambre. En face, Luniwave estime que les économies générées pourraient atteindre 20 à 50 € par mois. D’après le dirigeant, tous les partenaires auraient atteint la rentabilité dès le premier mois d’utilisation.
L’entreprise affirme par ailleurs que les retours des voyageurs sont favorables, certains mentionnant le dispositif dans leurs avis en ligne. Les données collectées restent la propriété des établissements concernés et sont anonymisées, assure-t-elle.
Vers des programmes à l’échelle des villes et des locations de courte durée
Luniwave prépare désormais une extension de son modèle au-delà des hôtels, avec un projet visant les destinations touristiques. L’objectif : déployer un système de récompenses à l’échelle d’une ville. « Demain, vous êtes à Paris, vous prenez le métro plutôt qu’un Uber, vous gagnez des points… et cela peut vous donner une réduction sur un musée », projette Léonard Grynfogel.
Un premier test, baptisé « passeport vert », a été mené à l’été 2025 dans le département de la Meuse. Selon l’entreprise, les résultats auraient été suffisamment encourageants pour envisager un déploiement plus large dès 2026.
À plus long terme, la start-up dit également regarder du côté des locations de courte durée, notamment les logements de type Airbnb, où les enjeux de consommation d’eau et d’énergie demeurent importants mais sont encore peu couverts par ce genre de solutions. La stratégie reste la même : privilégier l’incitation douce plutôt que la contrainte.
Rentabilité en 2025 et levée de fonds en préparation
Cette phase d’expansion s’accompagne d’un nouveau cap financier. Luniwave indique avoir atteint la rentabilité en 2025, portée par l’augmentation du nombre d’hôtels partenaires. Pour accélérer son développement, l’entreprise a engagé une levée de fonds, dont la clôture est annoncée dans les prochaines semaines. « On a été rentables, mais avec la forte croissance et les projets à venir, on ouvre une nouvelle phase », reconnaît le cofondateur.
Luniwave mise désormais sur un passage à l’échelle, à mesure que les acteurs du tourisme cherchent des solutions concrètes pour concilier expérience client et transition écologique.
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